Publié le: Sat, Sep 24th, 2011

Vive l’utopie qatarie !

La désignation du comité d’organisation qatari pour organiser la Coupe du monde 2022 a été accueillie avec des sourires entendus par certains journalistes français. Encore une preuve de l’influence des lobbies, pour ne pas dire plus, au sein de la FIFA. Encore une preuve de la suprématie de l’argent sur le football. Pourquoi aller dans un pays qui n’a jamais participé à une phase finale de Coupe du monde ? Voilà autant d’arguments avancés contre le choix du Moyen Orient. Car ce sont d’abord le Moyen Orient et le monde arabe qui, au-delà des jeux d’influence organisant le Comité exécutif de la FIFA, ont été désignés.

Certes, on pourra arguer que le football est jeune dans cette partie de l’Asian Football Confederation (AFC). La Qatar Football Association n’a été créée qu’en 1960 et admise au sein de la FIFA douze ans plus tard. Les fédérations du Koweït, de Bahrein ou de l’Arabie Saoudite avaient elles été fondées dans les années 1950. Mais le Moyen Orient, c’est aussi l’Irak, l’Egypte, deux pays peuplés et passionnés de football, ou encore le Liban et la Syrie membres de la FIFA depuis 1935 pour le premier, 1937 pour la seconde, quand ces territoires  étaient encore placés sous mandat français. Surtout la zone culturelle et footballistique concernée s’étend jusqu’à l’Atlantique, par les liens tissés dans des compétitions telles que la Ligue des champions arabes et bien sûr une communauté linguistique et religieuse.

Le football de la Péninsule arabique s’est ouvert très tôt à l’influence étrangère et a cherché dès les années soixante à recruter des entraîneurs étrangers, puis des joueurs. Des conflits ont pu mettre aux prises la fédération du Qatar à son homologue du Liban dans les années soixante-dix. Déjà, en effet, le Qatar engageait dans ses équipes des footballeurs étrangers, notamment des Palestiniens et des Libanais, souvent dépourvus de bons de sortie de leur fédération. Les compagnies pétrolières, avant même la flambée des prix du brut, organisaient, notamment au Koweït, des ligues pour leurs employés. La péninsule arabique a aussi accueilli des compétitions de jeune FIFA ou des tournois de l’AFC. EN 1995, la fédération qatarie a ainsi parfaitement organisé le championnat du monde Junior FIFA.

Bien sûr, les conditions climatiques du Qatar au mois de juin ne sont pas idéales. Mais n’a-t-on pas fait jouer des matchs des Coupes du monde mexicaines (1970-1986) sous le cuisant soleil mexicain pour satisfaire les exigences de la télévision ? Et sans la climatisation prévue pour l’édition qatarie…. Bien sûr, le voyage au Qatar exclura le supporter moyen. Mais est-ce que les pensionnaires des kops de Saint-Etienne ou de Lens avaient les moyens de se rendre en Afrique du Sud ou disposeront de revenus suffisants pour assister à la Coupe du monde 2014 au Brésil ? Ne nous trompons-pas, pour l’essentiel de la planète, la Coupe du monde est d’abord un événement télévisé et le changement de décor – ou plutôt de stade – ne fera pas de mal. Certes les traditionnalistes du football préfèreraient voir disputer une finale à Wembley, même si ce stade historique a été complètement reconstruit et a perdu peut-être un peu de son âme. De même oublient-ils, que la puissance économique de quelques ligues (anglaise et espagnole surtout) est en train d’assécher de nombreux footballs nationaux par la grâce de la télévision par satellite. Enfin qu’aurait apporté au football une Coupe du monde disputée une deuxième fois aux Etats-Unis, en Corée du Sud ou au Japon, les principaux concurrents du Qatar ?

En réalité, l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde au Qatar est un événement historique en soi. Il l’est déjà pour l’opinion publique arabe. Il doit l’être aussi pour le monde du football trop européocentrique et qui pense souvent de manière un peu proinciale et sentencieuse. Il doit être un moment de dialogue interculturel, d’un nouveau regard sur le monde arabo-musulman de la part des Occidentaux. Et enfin un pari, non pas financier, mais géopolitique si l’on considère l’espace géographique dans lequel la compétition aura lieu. En espérant que la Coupe du monde 2022 se déroulera dans un Moyen Orient apaisé. Car l’édition qatarie est aussi une utopie politique.

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